Coober Pedy, la ville troglodyte

Bourgade cosmopolite située à 850 kilomètres au Nord d’Adélaïde (Australie-Méridionale), Cooper Pedy est une des seules villes au monde où les habitants vivent littéralement sous terre. Fondée il y a plus d’un siècle par des pionniers à la recherche d’opale, la localité continue d’attirer les touristes intrigués par son mode de vie hors-norme, ainsi que de discrets étrangers venus tenter leur chance dans les mines.

La petite ville poussiéreuse détonne par son paysage lunaire et sa désolation. Coober Pedy, qui recense pas moins de 46 nationalités, est perdue le long de la Stuart Highway dans l’immensité désertique de l’arrière-pays australien. Un désert de sable ocre au ciel bleu infini ostracise cette ville aux dimensions de village, où les centres d’attraction sont concentrés dans une seule et unique rue : la « main street ». Vous y trouvez quelques bars, un hôtel, une banque, une station-service, une épicerie et étonnamment une pizzeria. À part boire des bières glacées à l’abri du soleil, autant dire qu’il n’y a pas grand-chose à faire dans cette partie du monde.

Dès mon arrivée, j’ai été surpris par le nombre improbable de voitures abandonnées. Les carcasses – dévastées par la rouille – jonchent le bord des routes et les terrains vague. Le croassement strident des corbeaux, les essaims de mouches et le silence perturbant font de Coober Pedy le cadre parfait d’un film dystopique.

La ville a servi de décors notamment pour Mad Max III, Priscilla folle du désert et Pitch Black (dont le vaisseau spatial est toujours observable sur la main street). En littérature, Coober Pedy a servi de modèle à Kenneth Cook (le meilleur écrivain australien de sa génération) pour son roman « Le blues du troglodyte ». L’action se déroule dans la ville miteuse et fictionnelle de Ginger Whisker, copie conforme de Coober Pedy.

La capitale de l’opale

Il est légitime de s’interroger sur les raisons qui poussent certains bougres à venir s’enterrer dans ce trou perdu aux confins du désert. La seule raison d’être de cette ville est l’opale, une pierre précieuse bleutée découverte en 1915 par Willie Hutchison. Aux alentours de la ville, les mines sautent aux yeux. Des monticules de terre géants jouxtent des trous qui parsèment le paysage. La capitale minière en dénombrerait plus d’un million. Creusées jadis à la force des bras à l’aide de pioches et de pelles, les mines sont aujourd’hui réalisées par des foreuses et tunneliers. La ville continue à réaliser 80% de la production d’opales dans le monde. D’après Gabrielle, une française venue il y a sept ans rejoindre un ingénieur allemand – qu’elle finira par épouser -, une centaine de mines sont encore en activité tandis qu’une cinquantaine de personnes se manifestent annuellement dans l’espoir de faire fortune.

« Beaucoup d’entre eux se heurtent à la dure réalité du métier », prévient Gabrielle. « Vous pouvez creuser inlassablement et ne rien trouver. Chercher de l’opale, c’est comme jouer au loto. Certaines personnes ne supportent pas l’éloignement ou sont vite démoralisées ».

Coober Pedy n’a guère changé du temps de la ruée vers l’or. Chacun est libre de venir s’installer dans ce patelin broyé par un soleil de plomb, de creuser un trou (entre 200 et 800 dollars) pour y construire un dédale de galeries puis prier pour tomber sur le fameux joyau. En échange d’un pourcentage, un propriétaire redistribue sa licence d’exploitation à des durs-à-cuire, qui, eux, creuseront avec l’espérance de futurs millionnaires. Il faut dire que le commerce de cette pierre reste difficilement traçable.

« Le gouvernement ne peut pas vraiment contrôler l’activité, et les ventes se font pour la plupart du temps entre particuliers », explique la minière d’une soixantaine d’années. « Le fisc arrive encore à épingler de fausses déclarations et l’amende peut aller jusqu’à 60 000 dollars. Les gens ébruitent rarement leurs découvertes. Mais une solution demeure. Il n’y a qu’un seul supermarché ici, et la banque ne délivre pas de grosses coupures. Si un habitant exhibe une liasse de 100 dollars à la caisse, ça veut tout dire » ironise la femme. Cette dernière restera très évasive sur ses trouvailles.

Vivre sous terre pour fuir la chaleur

Mais ce qui fait de Coober Pedy un lieu aussi absurde qu’extravaguant sont ses habitations undergrounds surnommés les « dug out ». Les premières habitations troglodyte sont apparues au Sud Est de l’Égypte, au bord de la mer Rouge, au Ier siècle avant Jésus Christ. Les régions actuelles correspondraient au désert de Nubie et de la Corne de l’Afrique. Construites à l’écart de la ville par les résidents permanents, ces maisons souterraines permettent d’échapper aux chaleurs implacables du bush. Entre décembre et février, les températures planent au-dessus de 45 degrés Celsius, avec un ressenti de 50 degrés en plein cagnard. Sous terre, même au plus chaud de l’été, le mercure ne dépasse jamais les 23 degrés. Une aubaine dans le bush australien où l’ombre est une denrée rare.

J’ai eu l’immense privilège de visiter le dug out de Gabrielle, une maison à l’allure de grotte. Il est huit heures du matin et l’Iphone indique déjà 39 degrés. L’habitation a été construite à la dynamite, creusée dans la roche à flanc d’une colline blanche friable comme de la craie. Ce refuge constitue le seul lieu vivable écologique, où l’air climatisé devient dispensable.

Une fois pénétré à l’intérieur, la fraîcheur tonique et intense calme votre peau échauffée et martyrisée par les rayons épouvantables. Un silence d’église règne dans la maison à la superficie moyenne de 500 mètres carré ! Peu de lumière émane de l’espace ; des tapis sont disposés méthodiquement pour recouvrir la poussière du sol. Les troglodytes contemporains ne sont pas si loin de nos ancêtres du Paléolithique où les cavernes servaient à se protéger de l’ennemi.

 En Australie du Sud, on se calfeutre pour échapper au redoutable trou au-dessus de la couche d’ozone. En 2019, les mélanomes tuent en moyenne cinq personnes par jour. Mis à part les traditionnelles pièces de vie à l’aspect rudimentaire et réjouissant, la maison souterraine présente une caractéristique peu commune. Gabrielle a escamoté une salle à spectacle composée d’une scène, d’un bar où elle sert du whisky et du rhum. Le tout confondu, l’ensemble forme un exquis mélange entre le cabaret et le speak-easy. « Je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’endroits dans le monde où vous verrez chanter du Edith Piaf sous terre » se félicite Gabrielle. C’est vrai qu’il y a peu de chances. Excepté ici, à Coober Pedy.

Pierre Gautrand

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