À Qui Profite la Fonte des Glaces ?

L’océan Arctique a toujours joué un rôle crucial, mais silencieux, dans la géopolitique mondiale. Il a servi de liaison maritime pour les convois entre les alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il est retombé dans son silence glacial en période de Guerre Froide, alors que les sous-marins porteurs de missiles nucléaires étaient cachés sous la banquise. Lorsque les relations Est-Ouest se réchauffent, les pays qui entourent l’Océan Arctique entament une nouvelle ère de coopération internationale. En septembre 1996, le Conseil de l’Arctique est fondé à Ottawa, en vue d’accroître la coopération entre les Etats côtiers et leurs populations autochtones. Les alertes des scientifiques sur le réchauffement climatique attirent l’attention du monde entier sur la fonte des glaces, et sur les potentielles retombées économiques d’une ouverture de nouveaux passages commerciaux.

“L’océan Arctique va devenir complètement liquide à cause de la fonte des glaces, prochainement tout au long de l’été, et vers la fin du siècle tout au long de l’année”, explique Thierry Garcin, politologue français. Il étudie les rapports de force entre cinq puissances souveraines autour de l’Arctique : le Canada, les Etats-Unis, le Danemark par le biais du Groenland, la Norvège, et enfin la Russie. “La Russie a la géographie de son côté, elle entoure l’océan à 160° et elle est la seule à avoir les capacités de s’implanter dans la région”.

En regardant fondre la banquise, les superpuissances arctiques comme la Russie, le Canada et les Etats-Unis, mais aussi la Chine, qui se considère un état “presque arctique”, appliquent une stratégie de présence ostentatoire. Montrer sa puissance pour marquer son territoire, c’est la raison pour laquelle la Russie a installé la mine de Barentsburg, sur l’île de Svalbard, un investissement qui ne lui rapporte aucun revenu mais qui inscrit la présence économique du pays. Pour les dirigeants russes, le réchauffement climatique n’est pas compris comme une catastrophe, mais plutôt comme le fond du tunnel. D’ailleurs, selon un rapport du Pew Research Center, le peuple russe est largement climatosceptique.

L’expert en stratégie politique situe le début de l’euphorie en 2007 et 2008. D’abord, la Russie a planté son drapeau dans les fonds marins arctiques, au Pôle Nord. Puis en 2008, le US Geological Survey a annoncé que 22% de pétrole se trouvait dans la zone, et pouvait être exploités. Des ressources qui, d’après Mr Garcin, sont trop difficile d’accès pour que les grandes compagnies pétrolières se risquent à les exploiter. “Après la marée noire de 2010 au large du Mexique, on n’imagine plus l’exploitation dans des zones aussi complexes que le Pôle Nord. D’ailleurs, la firme pétrolière française Total a exclu d’exploiter dans l’océan arctique”.

Reste l’ouverture de passages au nord du globe. Les voies maritimes sont l’un des enjeux majeurs de la région, mais on ne peut pas encore parler d’une nouvelle route convoitée par tous. Pour les européens, le canal de Panama et le canal de Suez suffisent et sont plus simples à emprunter, alors que les passages du Nord font courir le risque d’endommager les cargaisons. Les enjeux maritimes sont donc à relativiser, sauf pour la Russie et la Chine.

La Chine a publié en janvier un papier blanc dans lequel on pouvait découvrir la future politique de l’Arctique de la Chine. Ils comptent accroître leur flotte de recherche, leur implication environnementale et surtout développer les routes commerciales. La stratégie chinoise est prudente : un pas devant l’autre sur un sol solide. Ils sont devenus membre observateur du Conseil de l’Arctique, ils ont déjà un brise-glace et un second est en construction. La Chine s’intéresse à l’Arctique depuis plus longtemps que de nombreux pays européens, elle a acquis sa légitimité dans la recherche scientifique, et a donc tous ses droits en Arctique, selon Mr Garcin.

Le fantasme d’une ruée vers un nouvel eldorado au Pôle Nord agace Thierry Garcin. Pour lui, “depuis 2005, la fonte des glaces profite essentiellement aux journalistes. Il y a beaucoup d’exagération, surtout du côté américain, qui n’a pas du tout servi à la cause Arctique”. La médiatisation excessive des changements dans la région attire les touristes en quête d’explorations insolites. Le passage de plus en plus fréquent de paquebots de tourisme a des conséquences environnementales sur les fonds marins, et endommage des côtes ou vivent encore des populations autochtones.

Amandine Hamon

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s