Risquer sa vie pour défendre sa Terre

« Il n’a jamais été aussi dangereux de défendre une communauté, un style de vie ou l’environnement ». C’est par ce constat glaçant que commence le rapport probant publié par GlobalWitness le 24 juillet dernier. Inquiétant car il témoigne de la violence avec laquelle sont traités les militants, dont il liste les noms et les profils. Le rapport reflète la conjoncture socio-économique et politique actuelle, basée sur le profit et l’enrichissement personnel au détriment des conditions de vie des populations.

Des statistiques en pleine croissance

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L’ONG britannique publie des rapports sur la condition des défenseurs de l’environnement dans le monde depuis 2012. Cependant des données sont collectées depuis 2002, recensant les tensions croissantes entre les écologistes et l’industrie extractive. Ils indiquent qu’en 16 ans, plus de 1 376 militants ont été tués dans le monde, en majorité par des gangs criminels, des forces armées et la police.

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  Une inquiétude globalisée

La prise de conscience sur la situation des défenseurs de l’environnement s’est généralisée au cours des derniers mois. En mars 2018, l’ONU a adopté une politique des défenseurs de l’environnement. “Pour chaque militant tué, entre 20 et 100 sont harcelés, arrêtés illégalement ou légalement, poursuivis en justice, entre autres formes d’intimidation” souligne le rapporteur spécial des Nations Unies sur les Droits de l’Homme et l’Environnement, John Knox.

Nombre de morts par pays en 2017
 

Pour comprendre la tendance, nous avons fait appel à des experts en la matière. C’est chez Amnistie International Canada que nous avons trouvé un premier échantillon de réponses. Un rapport publié en 2017 recense les différentes stratégies de menaces contre les militants, en commençant par les attaques personnelles, puis les freins à la communication.

« Ces défenseur.e.s courent de graves dangers. La Colombie et le Honduras figurent parmi les pays les plus meurtriers pour les défenseur.e.s des droits liés à l’environnement » souligne Geneviève Paul, directrice générale d’Amnistie International Canada, section francophone. Et parmi les secteurs auxquels sont associées le plus de morts figure l’industrie extractive, aussi puissante au Canada.

Museler sans tuer

Selon l’ONG, quand les militants ne sont pas victimes d’homicides, d’intimidation ou de violence, ils sont poursuivis par voie judiciaire. Plusieurs de ces défenseurs, surnommés les gardiens de la terre, font face à ce qu’on appelle un processus de criminalisation de la protestation sociale. Dans un autre rapport, Amnistie analyse les stratégies de répression auxquelles a recours le système politico-judiciaire pour passer sous silence les revendications environnementales des autochtones Mapuche au Chili.  Des lois “antiterroristes” sont adoptées afin de museler les militants, en facilitant leur détention préventive, et la surveillance.

L’organisme s’est prononcé à plusieurs reprises pour condamner cet outil de répression, notamment pour défendre des activistes comme Maxima Acuna au Pérou. La fermière, devenue célèbre parce qu’elle s’est défendue contre un conglomérat minier pour garder le contrôle de ses terres, a reçu le prix Goldman 2016 pour son combat. Quand l’exploitant minier a voulu prendre le contrôle de ses terres, en 2011, après la vente massive des terres par le gouvernement péruvien, Acuna a refusé. Poursuivie en justice, elle a fait appel à l’aide d’une ONG pour défendre son droit légitime à vivre sur sa terre.

Ce qu’ils cherchent, c’est produire de la peur, nous mobiliser pour que nous cessions de défendre nos droits”, explique le militant péruvien Milton Sanchez dans un appel à l’action pour la préservation des lacs de la région de Maxima Acuna, ajoutant qu’il a soixante procédures légales en cours contre lui. En plus de faire l’objet d’intimidation pour voie judiciaire, le militant accuse ses détracteurs de lui empêcher l’accès à l’emploi; “ils nous voient comme des radicaux, des extrémistes. La presse nous diffame et les gens nous attaquent verbalement dans la rue” ajoute-t-il.

Solutions tardives

Les Nations Unies ont d’ailleurs qualifié la situation comme “insoutenable” dans un rapport de l’ECLAC (Commission économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes) publié en 2018. Alors que les gouvernements latino-américains se sont récemment mis d’accord pour défendre les militants écologistes, les pays n’ont pas encore d’obligation légale de le faire. L’accord conclu au sommet du LAC (Association des pays latino-américains) à San Jose, au Costa Rica, en mars 2018, ne sera ouvert à la ratification qu’à partir du 27 septembre 2018, et ce pour le deux prochaines années. Dans une volonté de se positionner en premier de la classe, le président Costaricain Luis Guillermo Solis, a souligné l’importance de construire une “démocratie environnementale”.

Si l’Amérique latine est en effet la zone la plus sensible pour les militants écologistes, a cause des rapports de force particulièrement déséquilibrés entre les populations autochtones, l’industrie agro-alimentaire et les gouvernements en besoin de revenus, l’Amérique du Nord n’est pas en reste. Interrogé sur les menaces qui pèsent sur les militants écologistes canadiens, le professeur en économie de l’écologie à l’Université McGill Thomas Naylor affirme : “nos politiciens, liés au milieu des affaires, n’ont pas besoin de harceler physiquement les militants puisqu’ils peuvent se reposer sur les tribunaux pour leur faire barrage”.

Pauline Bezzina, Amandine Hamon

Crédit photo :Vlad Tchompalov on Unsplash

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